Des sénateurs veulent envoyer les futurs généralistes un an dans un désert… mais les rémunérer à l’acte 

30/09/2022 Par Marion Jort
Une proposition de loi déposée par des sénateurs LR veut “consolider” et “professionnaliser” la formation des internes en médecine générale “afin de lutter contre les déserts médicaux”. Comment ? En instaurant une quatrième année d’internat obligatoire dans une zone sous-dotée, contre une rémunération à l’acte.  
 

Considérant que “l’Etat a multiplié les aides” aux collectivités confrontées à la pénurie de médecins sans que cela n’ait eu d’impact positif sur l’accès aux soins, des sénateurs LR, dont Bruno Retailleau, ont décidé de déposer une nouvelle proposition de loi “visant à la consolidation et à la professionnalisation de la formation des internes en médecine générale afin de lutter contre les déserts médicaux”. Son intitulé a de quoi faire grincer des dents les syndicats d’internes, qui ont déjà annoncé un appel à la mobilisation en octobre pour lutter contre la quatrième année d’internat prévue dans le PLFSS 2023, où il leur sera imposé de réaliser un stage en zone sous-dense.  

Malgré cette menace, les sénateurs entendent, eux aussi, rallonger le DES* de médecine générale d’un an… “La quatrième année du troisième cycle de médecine générale est intégralement effectuée en stage en pratique ambulatoire dans des lieux agréés. Les stages ainsi effectués le sont sous un régime d’autonomie supervisée”, indique leur texte. Mais, “cette quatrième année amènera les internes à effectuer leur dernière année d'internat, en priorité, dans des zones sous-dotées en cabinet libéral, en maison de santé... La formule doit être la plus souple possible”, écrivent les sénateurs. 

Selon eux, cette année de formation devra se faire avec un médecin tuteur référent et en exercice groupé. Particularité : la rémunération devra se faire à l’acte, “comme en médecine libérale”. Enfin, les sénateurs proposent d’ajouter au DES un volet formation à l'exercice de la médecine de ville et à la gestion d'un cabinet. “En effet, l'absence des sujets liés au fonctionnement d'un cabinet médical lors du cursus universitaire explique, trop souvent, les craintes des jeunes médecins à s'installer, préférant multiplier les remplacements”, précisent-ils.  

Avec pour objectif de déployer 3.900 internes dans les zones sous-dotées, ils espèrent “raisonnablement” qu’après “un an d’exercice certains s'installeront comme médecins dans ces zones”. “Cette proposition qui rompt avec les seules logiques d'aides ponctuelles multiples et variées qui n'ont pas produit d'effets suffisants doit s'inscrire dans un processus plus large tendant à revaloriser et à reconnaître pleinement la médecine générale comme une spécialité”, concluent-ils.  

Leur texte sera étudié le 18 octobre en séance publique. Depuis le début de l’année, une dizaine de propositions de loi et d’amendements coercitifs ont été déposés à l’Assemblée nationale ou au Sénat.  

*Diplôme d’études spécialisées  

 

 

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